Le désir de plaisir kinesthésique
L'Amant habite le corps et célèbre la jouissance des sens.
L'Amant habite le corps et célèbre la jouissance des sens.
Le toucher est une dimension essentielle de l'expérience de l'Amant dans le monde. Pas nécessairement le contact physique, bien que celui-ci en fasse partie. Ce que veut l'Amant, c'est être touché par tout ce qui l'entoure — être prêt à recevoir la splendeur de la création dans toute son intensité.
Le ressenti et le lien traversent l'être de l'Amant de part en part. L'Amant est la façon dont vous éprouvez de l'empathie pour un autre être humain. C'est lui qui vous fait ressentir votre propre deuil et votre propre joie. Plus que tout, l'Amant porte votre désir de vous sentir en lien avec le monde et les gens qui le peuplent.
Le monde de l'Amant est celui de l'expérience kinesthésique — la sensibilité, l'ouverture aux sensations ressenties et mémorisées dans le corps. Son univers est celui de la beauté de la vie, de la finesse de l'art, de la magnificence du monde visible. C'est la conscience que vous, moi, chacun d'entre nous, ne sommes qu'une partie d'un tout plus grand. L'Amant le ressent lorsque vous levez les yeux vers le ciel nocturne et que des milliards d'étoiles vous contemplent en retour.
L'archétype de l'Amant est la source de votre spiritualité et de votre sens du mystère. C'est la part de vous qui répond aux cérémonies religieuses et reconnaît l'existence de quelque chose qui vous dépasse — et la possibilité d'une union avec ce tout plus grand.
Cette reconnaissance, cette conscience, peut surgir lors d'une cérémonie spirituelle, d'une méditation, ou par l'usage de substances psychoactives. Mais elle peut aussi se manifester sans crier gare, assis en silence dans une forêt par un après-midi d'été. Elle peut venir lors du combat d'un pêcheur avec un saumon sauvage au bout d'un fil tendu. Elle peut surgir à l'improviste quand, au cours d'une chasse, le gibier se retourne et vous regarde dans les yeux.
Ce désir, cette pulsion, cette faim d'être en communion avec le monde qui nous entoure, puise peut-être dans les couches les plus primitives de notre psyché.
Durant les premiers mois de vie, un nourrisson est incapable de se distinguer de sa mère. Il est né de sa chair, et pendant quelques semaines encore après la naissance, cette union demeure : une unité glorieuse, un sentiment de sécurité dans la plénitude. C'est du moins ainsi que les choses devraient se passer, dans un monde idéal.
Notre désir d'unité, notre aspiration à simplement « être », à faire partie d'un tout plus vaste, prend peut-être racine dans cet état primordial de fusion avec la mère. Et peut-être que si nous ne l'avons pas vécu pleinement à l'aube de notre vie, nous en ressentons la faim avec d'autant plus d'intensité au fil des années.
Le sentiment profond, la certitude intime, d'être issus du cosmos — de cet univers sans bornes — et la conviction que nous y retournons en esprit lorsque nous mourons : voilà une expression typique de la vision de l'Amant. Qui peut dire si c'est vrai ou faux ?
Dans l'univers de l'Amant, le ressenti est tout. Les instants d'unité avec l'autre dans l'intimité amoureuse, les moments de paix ou de plaisir transcendants durant la méditation, les éclairs d'intuition et d'insight — tout cela appartient au monde de l'Amant. La douleur et le deuil aussi, la tendresse et la mélancolie, l'empathie, le bonheur et la joie.
L'Amant peut ressentir une satisfaction profonde et sensuelle dans des saveurs et des arômes complexes, dans l'art qui le saisit, dans une interprétation musicale d'une beauté bouleversante, ou dans des émotions puissantes — une grande musique, une grande littérature. Toutes ces expériences ont le pouvoir de nous « transporter » ailleurs.
Une grande part de ce que l'Amant sait du monde, il l'a appris par le ressenti. Même certains Magiciens à tendance très intellectuelle peuvent être orientés vers la sensation : ils « ressentent » le sens des mots, du langage, des concepts abstraits.
Les personnes dotées d'une sensibilité kinesthésique avancée habitent davantage leur Amant que tout autre archétype. Elles se relient au monde et à son sens en explorant leurs émotions. Elles sont souvent très perméables aux changements d'humeur des autres, et perçoivent les intentions ou les motivations cachées chez ceux qui vivent principalement depuis leur Magicien intérieur.
L'Amant est « la part de nous qui nous permet de ressentir notre propre douleur et celle d'autrui » — douleur physique comme douleur émotionnelle. Le poids de toute cette souffrance peut être si lourd que vivre depuis l'Amant devient parfois douloureux. Et pourtant, l'Amant peut aussi ressentir la joie. Si vous coupez votre Amant de la douleur, vous vous coupez aussi — et vous l'y coupez — de la joie.
Car être humain et aimer quelqu'un — ou quoi que ce soit — ouvre simultanément à la joie et à la peine : la plupart de ce que nous aimons dans notre vie, nous le perdrons un jour. Et c'est dans notre Amant que nous ressentons ce deuil avec le plus d'acuité.
Nous refoulons souvent ces émotions. La société, les parents, les frères et sœurs, les enseignants nous l'apprennent dès l'enfance — parce que le monde préfère ne pas être encombré par l'expression des émotions profondes.
Avez-vous remarqué ce malaise qui s'installe si souvent autour de quelqu'un qui laisse paraître ses émotions ? Cette façon de traiter comme un problème, une gêne, quelqu'un qui vit en contact avec la douleur de son Amant ? Parfois, même la joie de l'Amant peut embarrasser ceux qui l'entourent — car un être humain saisi par une joie intense peut rire et pleurer sans pouvoir se contrôler.
Le problème, peut-être, c'est que ceux qui pleurent ou qui sautent de joie nous montrent, avec une clarté gênante, à quel point nous avons nous-mêmes refoulé nos propres émotions. Et cette reconnaissance peut être douloureuse.
L'Amant sait que les frontières existent, mais les respecte peu. Son expérience du monde est fondée sur le ressenti, et son aspiration profonde est toujours d'établir une unité ou un lien avec quelqu'un ou quelque chose.
L'archétype de l'Amant ne se réduit pas au sexe et à la sexualité. Il ne se réduit pas davantage à l'amour romantique. L'amour prend de nombreuses formes : l'affection, la compassion, l'amour fraternel, l'amour romantique, l'amour érotique et passionné. D'autres mots encore désignent différentes formes d'amour : la camaraderie, l'amitié, l'amour de soi.
En réalité, l'Amant est le siège de l'énergie la plus primale de la vie. Il est la passion, dans toutes les acceptions du terme. Il est le flux, le lien, la sensation. Il est le fait de ressentir pleinement vos expériences dans le monde.
L'Amant est profondément sensuel. Il vit pour la sensation, au sens le plus large : sensation émotionnelle, sensation physique, plaisir charnel, sensibilité au monde. Tous les sens font partie de son expérience : les sons, les couleurs, les formes, les sensations tactiles, les odeurs. Et l'Amant veut aussi le lien — avec les autres, avec lui-même, avec le monde qui l'entoure.
L'Amant nous emmène au-delà des frontières de l'expérience humaine ordinaire, vers le domaine du spirituel. Lorsque l'énergie de l'Amant circule pleinement en vous, vous pouvez vous sentir en lien avec le monde entier et tout ce qu'il contient. Cette capacité à vous identifier, de manière « ressentie », à vous-même, aux autres et au monde qui vous entoure, est ce qui nous ouvre à l'empathie.
Certaines personnes affirment ressentir littéralement l'expérience d'autres êtres. Et peut-être est-ce vrai. L'Amant représente certainement une porte d'accès à une forme d'inconscient collectif — ou du moins à un degré supérieur de conscience et de sensibilité. Que vous adhériez ou non à l'idée d'une conscience universelle ou de l'inconscient collectif jungien, vous pouvez sans doute reconnaître que l'Amant ouvre à une dimension de l'être, à une expérience du ressenti, qui semble dépasser nos frontières physiques et émotionnelles individuelles.
Si vous ne vous autorisez pas à ressentir consciemment votre désir de lien avec les autres, cette énergie cherchera à s'exprimer dans des comportements, pensées et actes inconscients. Il est probable que de nombreux comportements — gestes déplacés, addictions, excès alimentaires, usage de drogues, alcoolisme, jeu compulsif — soient liés au désir de l'Enfant Intérieur d'être aimé, de sentir un lien. Ces comportements peuvent être une tentative d'auto-apaisement, ou au contraire une façon d'éviter entièrement la douleur qui vient de la rupture du lien.
Puisque cet archétype est au cœur du lien avec les autres, l'explorer dans un cadre d'accompagnement peut vous offrir des éclairages profonds sur votre capacité à vous relier, à développer l'empathie et la proximité affective. Vous pourrez aussi découvrir les comportements qui perturbent ou limitent vos liens, et mieux comprendre comment vous vous reliez à vous-même, à vos proches et à ceux que vous côtoyez.
Ce travail vous permettra de cultiver une personnalité plus stable et équilibrée, une plus grande ouverture et chaleur intérieure, et une assurance plus profonde.