Le Guerrier
L'énergie qui agit, défend et s'engage avec discipline au service d'une cause plus grande que soi.
L'énergie qui agit, défend et s'engage avec discipline au service d'une cause plus grande que soi.
Le Guerrier dans sa pleine mesure crée de l'ordre, pose des limites, et s'avance dans le monde pour faire advenir les choses sur les ordres du Roi. Sous sa forme la plus mature, il porte généralement ces qualités :
Il sait que son rôle est d'agir au service du Roi. Il a besoin des ordres d'un Souverain juste et bon pour s'exprimer pleinement.
Il pose des limites. Il le fait avec une compréhension claire de ce qu'est la différence — un savoir intérieur qui sait dire « ici je m'arrête, là tu commences ». Il sait poser une limite et distinguer le « oui » du « non ». Il sait ce pour quoi il mourrait, et ce qu'il défendrait jusqu'au bout.
Il voit volontiers les choses en noir ou en blanc. Son monde peut être binaire. La clarté est tout — c'est ainsi qu'il sait avec certitude ce qui doit être fait.
Il peut agir sans s'attarder sur l'émotion pour faire ce qui doit être fait. C'est le geste du pompier qui s'engouffre dans le bâtiment en flammes pour sauver des vies. Voilà la vraie énergie du Guerrier : passer à l'action d'abord, accueillir les sentiments ensuite — si nécessaire.
Ses principes sont l'action, le service, la loyauté et la justice.
Un Guerrier mûr et fidèle à ses principes refusera de servir un Roi injuste ou tyrannique, quels que soient les avantages immédiats à en tirer.
Il a besoin d'une cause à laquelle croire et pour laquelle se battre. Cette cause peut être une chose en laquelle il croit personnellement, ou la mission de service du Roi dans le monde. Il est animé par le désir d'agir.
Sa devise est « protéger et servir ». Quand ses limites sont franchies, il réagit avec colère et passe à l'offensive — ou à la défensive. Une autre expression de cette énergie est la force masculine qu'il porte dans le monde pour faire advenir les choses. Une autre encore : la capacité de s'affirmer. Il sait canaliser l'énergie même de la vie, la vitalité, pour le bien de ceux qu'il sert et le sien.
Il prend soin de lui pour pouvoir prendre soin de sa tribu, des êtres qui partagent son Royaume, des biens et des terres qui lui sont confiés.
Quelques mots pour décrire le Guerrier mûr : courageux, engagé, déterminé, libre de la peur. Et c'est juste — il peut être effrayé tout en restant capable d'aller au front, avec assurance.
L'épanouissement d'une énergie guerrière propre et claire chez l'adulte dépend, bien sûr, de l'accueil réservé au Guerrier de l'enfant. Cela suppose que les parents acceptent sa colère, son affirmation, ses tâtonnements pour poser des limites — et qu'ils ne se troublent pas quand l'enfant clame « NON ! » au cœur d'une colère noire, signe classique d'un Guerrier en formation.
Ce comportement, chez l'enfant, ne parle que de cela : poser des limites, apprendre à s'affirmer, forger une identité propre en poussant contre les bornes, et découvrir : « Oui, j'ai bien le pouvoir d'impacter le monde autour de moi et d'obtenir ce que je veux. » C'est la racine d'un sens de soi solide. Plus simplement : c'est l'identité, le fait de savoir qui je suis et ce que je peux dans le monde.
Sans surprise, donc, la blessure émotionnelle de cet archétype tourne autour de la croyance « je n'existe pas », ou de l'une de ses variations. Cela peut être, par exemple, l'enfant qui sent que son existence est conditionnelle — « je n'existe pas tant que je ne suis pas approuvé par ma mère, mon père, par tout le monde » — ou bien « je n'ai pas le droit d'exister tel que je suis ». Cela prend mille formes : « je n'ai pas le droit de me défendre », « je ne peux pas être en colère, c'est dangereux », « je n'existe que par référence à toi », « je ne peux être moi-même qu'en répondant à tes besoins ». Et ainsi de suite.
Cet archétype touche à l'identité même. Il s'agit d'avoir une existence spirituelle et physique indépendante dans le monde, une présence distincte des autres, et la capacité de marquer le monde et les êtres qui nous entourent. Sans cette expérience, la blessure est une blessure d'identité qui peut s'inscrire dès l'âge de deux ans environ. Au fond, tout cela parle de limites.
L'enfant commence à se séparer de ses parents — à se vivre comme un être distinct, doté d'une existence propre — entre douze mois et deux ans. À ce moment-là, il a besoin de développer un sens de lui-même comme être indépendant, porteur d'une valeur intrinsèque et d'un pouvoir réel d'agir sur le monde et sur ceux qui le peuplent. La réponse de ses parents soutiendra ou freinera ce processus.
Il a besoin, aussi, d'être confirmé dans son droit d'exister, dans son droit même d'occuper l'espace où il se tient.
Ainsi, si son expression de soi n'est pas accueillie par ses parents — ou rendue conditionnelle —, son énergie de Guerrier en formation peut être broyée, et son sentiment d'avoir le droit d'exister à ses propres conditions peut être étouffé. S'entendre dire et redire « on ne t'aime pas quand tu es en colère » ou « tu n'es là que parce qu'on te le permet » lui donnera un sentiment d'existence conditionnelle.
Il en va de même si sa colère, sa tristesse ou tout autre aspect de lui n'est pas accueilli. L'acceptation seule ne suffit pas — ses parents doivent aussi incarner de bonnes limites pour qu'il apprenne, à son tour, comment un Guerrier contient sa colère.
Il arrive qu'un enfant qui a grandi sous le modèle d'une rage violente, surtout venue du père, mette sa propre colère dans l'Ombre et devienne quelqu'un de « très gentil » à fréquenter. On y sent comme une absence — l'absence de colère, l'absence d'affirmation, parties dans l'Ombre. C'est ainsi que l'énergie naturelle du Guerrier devient celle du Guerrier en Ombre. Et comme toute énergie archétypale qui passe dans l'Ombre, elle peut s'enfler ou se dégonfler. Voici ce que cela donne en réalité.
Un surnom pour le Guerrier en Ombre Gonflée : le Mercenaire. Soit il poursuit sa propre mission, soit il se loue au plus offrant — ou à celui qui semble pouvoir lui donner le plus de pouvoir. Il peut basculer dans la rébellion solitaire. Il peut semer le chaos en gouvernant le Royaume pour ses fins propres, en l'absence d'un Roi solide qui donne des ordres clairs.
Quelques mots pour décrire le Guerrier en Ombre : contrôlant, brutal, intimidant, loyal envers lui-même seulement, enragé, usant de formules comme « tu me mets en colère » ou « c'est ta faute », querelleur, saboteur, destructeur.
Vous saurez que votre Guerrier mûr vous soutient quand vous vous sentez puissant, concentré, en mission. Quand vous orchestrez vos actions avec finesse — sachant l'importance du temps et du tempo —, vous sentez votre Guerrier à l'œuvre. De même quand vous servez et protégez ce qui vous est cher : vous-même, votre tribu, votre Royaume.
Vous sentez votre Guerrier en Ombre en marche quand vous vous sabotez, ou quand vous êtes irritable, contrarié, contrôlant. Vous savez que votre Ombre est active quand vous voulez tout, tout de suite, et à votre manière — ou quand monte en vous le besoin de contredire chaque suggestion, chaque envie de l'autre.